« Glazed Magazine : Des news rafraîchissantes... »


Interview Guillaume J.Plisson - Lightgraff.org

Pour renouer avec le premier numéro d'Urban-Culture Magazine qui n'est jamais sorti sur papier et pour avoir la lanterne éclairée par les maîtres incontestés de la discipline, nous avons décidé d'interviewer Guillaume J.Plisson et Jadikan-LP, deux personnalités jouant avec la lumière et le temps. De notre côté, nous avons joué avec le réel et le virtuel en vous proposant l'interview de Guillaume dans ce billet et celle de Jadikan dans notre numéro 3 papier du mag. Bon jeu de piste !

Guillaume J.Plisson

Petite introduction pour ceux qui ne vous connaîtraient pas...

Bonjour, Guillaume J. Plisson, photographe lyonnais, 34 ans. Venu à la photographie par le reportage, je mène en parallèle de sujets presse réalisés au sein du collectif "Libre arbitre" ( www.librearbitre.com ) ou en commandes pour de nombreux supports, une recherche artistique que j'ai intitulé « Lightgraff » ( www.lightgraff.org ).

Dans mon travail de journaliste, je m'intéresse principalement aux sujets de sociétés et sociaux : euthanasie, cannabis thérapeutique, accouchement à domicile... Le Lightgraff, c'est une autre approche, une recherche où il ne s'agit plus d'être attentif, de déployer ses antennes pour percevoir mais de créer, en partant souvent d'une page blanche. C'est bien différent. Et complémentaire, car mes travaux se melent et se nourrissent mutuellement. Le Lightgraff, c'est l'application au pied de la lettre de l'éthymologie du mot photographie : dessiner ou écrire avec la lumière: photo-graphos.

Vous évoluez respectivement dans le milieu du lightgraff et/ou de la photographie. Cela va faire combien de temps que vous jouez avec la lumière ?

Mes premiers clichés datent d'une vingtaine d'années.

La découverte du lightgraff c'était où, quand, comment ?

Guillaume J.Plisson L'idée m'est venue d'une constatation issue de ma connaissance de la technique photographique. A côté de ça, mon univers graphique s'est nourri depuis toujours de BD, de calligraphie, de la culture hip-hop... Ces centres d'intérêts ont fusionné. A l'époque où j'ai entrepris cette démarche, je réalisais beaucoup de prises de vues de nuit et j'en ai eu marre de subir l'éclairage urbain imposé par les phares des voitures, l'éclairage urbain...d'où l'idée de collaborer avec des artistes à même d'apprivoiser des sources de lumières pour en faire des outils d'écriture. J'ai alors contacté des graffeurs pour tenter l'aventure, d'où le terme « lightgraff ». Ce dernier m'a paru évident. Concis, précis, je trouvais qu'il sonnait bien. Je l'ai définitivement adopté lorsque je me suis entretenu avec les Editions Alternatives, dans le cadre de la publication du livre (« Lightgraff », édité finalement par « Graff it! productions », en 2007). Ils m'ont demandé comment je souhaitais intituler cet ouvrage. Ce titre leur a semblé pertinent, ça m'a convaincu. C'est devenu le terme que j'emploie pour ce travail : le nom de la rubrique que j'ai initié dans le magazine "Graff it!", le titre du livre, des prestations événementielles... Ensuite, c'est devenu une marque. Au départ pour ne pas me faire chiper ce terme, comme ça avait été le cas avec le nom de domaine « lightgraff.com » et pour éviter d'éventuels soucis lors d'événements d'ampleurs comme la « Nuit Blanche » à Paris ou la « Fête des lumières » à Lyon.
Guillaume J.Plisson
J'ai découvert que d'autres avaient produit des images de ce type avant moi, lorsque le livre est devenu concret et que je me suis documenté pour rédiger son contenu rédactionnel. C'est d'ailleurs dans le premier papier publié par le trimestriel "Graff it!", en janvier 2007, que j'ai évoqué les images de Gjon Mili et Picasso datant de 1949, croyant que c'était les premières. Une erreur puisque Man Ray, une dizaine d'années auparavant, avait réalisé des prises de vues de ce type. Ensuite j'ai fait mon possible pour faire connaître mon travail. Merci d'ailleurs à photographie.com et à la Bourse du Talent qui ont été les premiers à diffuser nos photographies réalisées avec Rezine, en 2006.

Quelles sont les origines et les motivations des lightgraffeurs ? Y a t-il des différences fortes, au niveau de la démarche et des techniques, par rapport au graffiti ?

Les lighteurs avec lesquels j'ai bossé viennent soit du graffiti, soit de la calligraphie. Bien sûr, des différences majeures existent avec le graffiti, c'est un autre média, une autre pratique ayant ses propres contraintes, nombreuses et différentes de la peinture. Nécessitant à la base de créer les outils adaptés, auxquelles s'ajoutent les contraintes photographiques. Comme différences majeures, les premières auxquelles je pense sont relatives à l'aspect éphémère de la lumière, exploitée en 3 dimensions et non polluante, en comparaison des sprays.

Guillaume J.Plisson Ensuite, chaque artiste a son univers, son parcours, ses savoir-faire et donc sa démarche singulière. D'autant plus que les variables se cumulent, travaillant à deux. Et d'un jour à l'autre l'alchimie n'est pas la même non plus, les images s'en ressentent. Ce processus de création est passionnant, car difficile à appréhender. Ce qui est clair, c'est que nous avons tous des limitations, mais à différents niveaux. Là, on revient à des aspects humains, psychologiques, car il s'agit avant tout de partager pour créer, en tentant de se dépasser. Des fois, c'est productif, d'autres fois moins. Et certaines fois, ça ne sert plus à rien de tenter... Le doute reste omniprésent car les choix sont quotidiens et multiples. C'est aussi ce qui m'excite dans cette recherche. Depuis quelques années, je bosse avec Brusk, un peintre lyonnais issu du graffiti avec qui les perspectives d'évolutions sont sans cesse repoussées. Le binôme fonctionne, l'effervescence est constructive, stimulante. On s'amuse bien !

Le lightgraff est une activité artistique encore méconnue du grand public, malgré son utilisation de plus en plus courante dans le milieu de la communication et de la publicité mais aussi lors d'événements (comme la fête des lumières à Lyon). Comment expliquez-vous cela ?

Guillaume J.Plisson C'est simple, hormis quelques images isolées, ça n'existait pas avant. Du temps est donc nécessaire pour faire connaître ce travail, mais je trouve que les choses évoluent vite. Evidemment, les connaisseurs de l'histoire de l'art devaient avoir quelques références comme les images de Man Ray, Gjon Mili et quelques autres mais pas le grand public, pour reprendre ton expression. Beaucoup de photographes s'y sont essayés durant leur carrière, mais souvent seuls, hors de toute démarche artistique. La nouveauté, c'est qu'avec les appareils numériques et quelques connaissances, beaucoup peuvent essayer. C'est une pratique ludique dont les rendus claquent et correspondent bien à l'air du temps. Nos sociétés font toujours preuves d'une capacité hors du commun pour tout digérer, récupérer... Il en sera de même de cette alliance de l'écrit et de la photographie. C'est une question de temps, d'ici quelques années, ce sera une pratique parmi tant d'autres. Dans le livre « lightgraff », j'avais déjà fait part de ce sentiment et j'avoue retirer une certaine fierté d'avoir été à l'initiative de cette nouvelle discipline artistique.

D'ailleurs je crois que vous avez participé tous les deux à la célèbre fête des lumières de Lyon, non ?

Guillaume J.Plisson

Pour notre part, avec l'équipe de « lightgraff », c'était en 2008, sur la place Bellecour. Belle expérience, très enrichissante, les conditions techniques étaient impressionnantes et nous avons été confrontés à un véritable défi car on devait assurer 7 heures de show chaque soir, durant 4 jours, en direct, avec des températures hivernales... Nous avions préparé un spectacle, réunissant son et image, le tout rythmé et composé spécialement pour l'occasion, une première, qui a mobilisé une dizaine de personnes.

Vous travaillez sur le même secteur, pourtant, vous ne vous connaissez apparemment pas. Vous sentez-vous en concurrence ?

Si, on se connaît, on a bu une mousse ensemble en décembre dernier. Pour ce qui est de la concurrence, je n'ai pas ce sentiment, on a pas le même parcours ni la même pratique.

Guillaume J.Plisson

Ça vous tenterait de bosser ensemble sur un projet ?

Avec plaisir, si un projet le justifie.

En parlant de projet, on aime bien être indiscret, vous travaillez sur quoi en ce moment ?

Un clip musical pour Flore, Botchit & Scarper record label, qui sera diffusé sur MTV...

Edit du 05/07/2010

Et pour finir, comment voyez-vous l'évolution du lightgraff dans le futur, quelles techniques pour quels rendus ?

Certaines bases commencent juste à être posées, alors dans le futur... Je pense qu'il n'y aura pas une évolution mais qu'elles seront multiples, des démarches vont s'affirmer et des spécialisations se créer. Les évolutions technologiques permettent sans cesse de nouvelles choses, mais bien sûr, tout est une question d'idées et de savoir-faire. Il y a de plus en plus d'adeptes, alors va savoir de quoi ils seront capables? Car une fois certaines  techniques acquises, tout est une affaire de propos. Mais au delà, il faut bien différencier notre démarche, artistique, où nous n'intervenons pas sur les images par de la retouche informatique et de nombreuses publicités qui sont des créations intégralement réalisées sur ordinateur. Les rendus ne sont pas les même, la main humaine a cette chaleur, cette maladresse que les infographistes ne peuvent reproduire. Tout est alors trop propre, trop lisse, comme aseptisé. Notre recette à nous, c'est du numérique, à la sauce argentique!

Le vrai mot de la fin :

Je vous souhaite une année lumineuse. Fuerza !

Guillaume J.Plisson

Photographies : Guillaume J. Plisson
Light : Brusk
www.lightgraff.org

Réagissez !

CSS

Blanc
Noir

Sans cadre
Avec cadre

Full Exit
Who
Top