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Le Parkour en 2011 - Tribune Libre 2/3

Tribune Libre, c'est le nom d'une nouvelle rubrique qui permet à des acteurs d'une discipline de s'exprimer sur leur vision de leur passion ou tout du moins de diffuser celle qui trouve la plus juste. Voici le deuxième épisode sur le Parkour, avec Aurélien de l'Association Grenobloise de Parkour, venu compléter les réponses de son acolyte David.

Photographe : Pierre Chauffour

Aurelien Bonhomme :: Par Pierre Chauffour

Philosophie

David parlait de respect, cette notion a été mise en mot par The Cambridge Traceurs qui a le plus fait parler d'elle (en bien), mettant notamment les mots sur un état d'esprit, en 2006, alors que la discipline se développait un peu partout et que beaucoup de pratiquants ne savaient pas comment commencer ni lutter contre l'image de jeunes inconscients sautant sur des toits qui nous collait (et colle encore un peu) à la peau.

Concernant le danger, le risque peut-être diminué si on est préparé convenablement. Cette préparation a un triple volet : le mental, la force, la technique.

- Le mental, ce n'est pas la capacité à être téméraire, c'est la capacité à évaluer convenablement un saut pour savoir s'il est possible de l'effectuer en minimisant le risque, et pour cela il ne faut pas penser à la chute, mais être suffisamment serein et calme pour garder un total contrôle de soi. La question n'est pas de pouvoir faire le saut, mais d'être capable de le répéter. Nous avons pour habitude de dire qu'un nouveau saut n'est pas validé s'il n'a pas été effectué 3 fois. Avoir du mental c'est donc être assez fort pour juger de ses possibilités sans prise de risque excessive. Faire un saut pour le public, pour impressionner, pour ne pas passer pour plus faible qu'autrui, ce n'est pas avoir du mental, mais être inconscient. Les puristes sont opposés à l'idée de compétition-spectacle, car celle-ci mettrait trop en avant des valeurs qui ne sont pas les nôtre à commencer par le danger.

- La force. Notre corps, dixit un traceur connu, est une armure (Chris Rowat, professeur à l'école Parkour Generations à Londres). Convenablement entraînée, elle est capable de subir de nombreux chocs, mais pour cela il ne faut pas négliger la préparation physique, en répétant les mouvements et les exercices de renforcement, souvent au poids du corps (quadrupédie, suspensions, marche en canard, etc.).

Quelques exemples en vidéo :

On acquiert la puissance nécessaire pour envoyer des sauts en continu sans perdre en qualité.

- La technique, c'est elle qui va nous permettre de ne pas - trop - nous user avec le temps. Elle permet d'avoir des réceptions souples qui ne seront pas dommageables pour le corps ou l'environnement (Casser une barrière c'est mal. Casser une barrière alors qu'on tombe dessus, ça fait mal). Il est d'usage de chercher à être silencieux et "léger" dans les mouvements. Un bon traceur bouge avec un certain flow, c'est à dire une fluidité qui lui permet d'enchaîner les mouvements, en gardant un rythme et un controle constant. D'autre part, une bonne connaissance technique des mouvements permettra de savoir dans quelles conditions on risque de tomber, et donc AU CAS OÙ de rattrapper la chute. Je pense qu'on a tous des exemples mais ça souligne ce dont parlait David, il n'y a finalement peu de traceurs qui se font vraiment mal. Un ami m'a demandé dernièrement, et très justement si j'avais déjà vu un traceur trébucher. De mémoire, je ne crois pas, nous sommes même dans la vie de tous les jours alertes, et anticipons beaucoup sur nos mouvements.

Pourquoi ? Mais pourquoi ?

C'est une question difficile, la plupart des traceurs répondront qu'ils ont toujours fait ça. Je pense en effet que, comme des enfants, nous n'avons jamais perdu cette mentalité à jouer sur les rebords de trottoir, les lignes blanches, les murets.
J'ai grandi en montagne, dans les Hautes-Alpes, et courir était avant tout pour moi un moyen de déplacement. En rando, avec les parents, j'empruntais peu les sentiers comme tous les gamins du coin je courais et sautais de rocher en rocher, puis j'ai arrêté la rando. Quelques années plus tard, j'ai attaqué mes études en ville. Le stress augmentait alors que le temps consacré aux loisirs diminuait dans un environnement que je n'aimais pas. Bruyant, contraignant (murs et barrière), agressif. Quand j'ai voulu reprendre le sport, je suis tombé sur un film (Yamakasi, les Fils du Vent), en 2006, d'un groupe de jeunes dont j'avais vu les premiers reportages près de 10 ans auparavant. Avec du recul, c'est un très mauvais film pour ce qui est du parkour, mais c'est celui qui a ravivé mon intérêt.
Peu téméraire, affaibli par un fond asthmatique, je n'étais pas sportif. Cette autre manière de penser, celle du traceur, m'a permis de voir la ville sous un nouveau jour et de renouer avec le gamin que j'étais. Elle m'a aussi permis de voir les possibilités de mon corps et le travail qu'il y a derrière pour les développer. L'homme est un animal, qui a du lutter pour vivre dans un environnement qui lui était hostile. Mal armé face aux prédateurs, il a d'abord du fuir, grimper, courir. J'ai réalisé que même dans un monde moderne, je restais cet homme là, et qu'il n'y a aucune raison à ne pas laisser s'exprimer cette part instinctive de mouvement. Le corps en est plus léger, la vie aussi. Yamakasi, en Linguala veut dire "homme fort" (de corps et d'esprit). Confronté à nos limites physiques et à nos peurs, on apprend avec humilité qui nous sommes...
Après un déménagement, je suis arrivé à Grenoble en 2007 et après quelques recherches, je suis tombé sur l'association dont je suis toujours membre qui m'a apporté les bases techniques de la discipline que je partage à mon tour depuis près de 5 ans.

Aurelien Bonhomme :: Par Pierre Chauffour

Spot idéal

Les chaos rocheux sont pour moi un terrain de jeu sans fin. Je préfère la nature aux milieux urbains et bétonnés (même si techniquement, ils sont plus riches). Les côtes suédoises que j'ai pu voir en voyage l'an dernier m'ont fait rêver. Des kilomètres de rochers de toutes tailles sur 30m de large en bord de mer, avec de la forêt à proximité. Un environnement calme et isolé, personne pour regarder ou perturber l'entraînement, seul face à ... soi-même. Des sauts isolés ou des kilomètres à parcourir rapidement faisant travailler aussi bien l'explosivité que l'endurance.

Message

Quand les plus jeunes nous voient, ils sont souvent impressionnés et veulent faire comme nous. Le parkour, ce n'est pas sauter partout n'importe comment, nous le faisons d'une certaine manière, avec un entraînement particulier, régulier et progressif. C'est ce qui fait que l'on ne se blesse pas et qu'on pratique tous depuis des années en nous amusant le plus souvent au ras-du-sol ; et on espère bien pouvoir bouger encore longtemps !

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