« Glazed Magazine : Tour de rue »


Les mythes fondateurs du business du skate

Quand l'époque sulfureuse de Santa Monica des années 70 voit ses jeunes californiens défavorisés lâcher le surf, et quitter la plage pour aller affronter les courbes de béton, Jeff Ho et Skip Engblom y voient une opportunité. Le premier fabrique des planches de surf le jour, et squatte dans sa caisse la nuit. Le deuxième s'est trimballé sur les spots des plages du monde entier avant de co-fonder la Zephyr team, première entité autonome du skate d'alors. Le troisième larron à faire partie du bateau est un artiste, un mec débridé du nom de Craig Stecyk. Les planches fabriquées maison disparaissent, le DIY s'efface à mesure que sous leur impulsion, les shops de surf proposent du matos en plastique manufacturé. Tout reste à faire.

Craig Stecyk

Ce sont sur ces petites boards aux roues en polyuréthane, très appréciées des jeunes et des branchés d'aujourd'hui, que les Z-boys Stacy Peralta et Tony Alva adaptent leur style de surf aux courbes des piscines vides. Traquant la moindre occasion de rider un quelconque pool à moins de trois heures de route, ces conquérants forment avec leurs bandes de potes une communauté, autour de laquelle tournent des filles, mais aussi des promoteurs. Intéressés, ils sont plusieurs à commencer à croire en une nouvelle opportunité d'investissement. Et oui, ces jeunes téméraires déferlent sur les rares compétitions de freestyle de l'époque, affichant fièrement les couleurs de la Zephyr team. Automatiquement, l'officine acquiert l'engouement et la meilleur des réputations. Il n'est alors plus question de vendre des barbituriques entre deux T-shirts à un surfeur paumé, il est question pour l'entreprise de fédérer, de générer l'engouement autour d'un mouvement à part entière. L'argent que brasse désormais ce sport suscite l'envie d'investisseurs pour qui il convient de faire des piscines asséchées, une affaire juteuse. Mais avec cette approche, le public a du mal à s'identifier et les marques n'acquièrent donc que peu de crédibilité.

Le perfectionnement et l'entêtement de ces jeunes sportifs prendra de l'ampleur, et à mesure, la crédibilité et la soif de revendications viendront. À tel point que Stacy Peralta, peu de temps après avoir été sacré pro à 19 ans, s'associe à George Powell pour affronter la concurrence aux commandes de sa propre team. Elle sera jeune, innovante, prolifique et déterminée. Une seconde révolution est en marche, et c'est la Bones Brigade qui en est chef de file.

Bones Brigade

Ces gars-là sortent de la rampe de façon effrénée, prenant de plus en plus de risques. Ce qui était du jamais vu, devient rapidement une mine inépuisable de nouveaux tricks pour les recrues de l'ancien Z-boy. La rampe est à l'honneur dans les années 80, les skateparks fleurissent et des gars comme Steve Caballero et Tony Hawk se font remarquer par des performances et une inventivité insoupçonnées. Le freestyle en revanche est devenu ringard, et n'intéresse plus les filles. Seuls les Nerds du mouvement continuent à tourner sur eux-mêmes. Seulement il en est un qui domine, qui surplombe tous concurrents.

Rodney Mullen, jeune garçon solitaire et renfermé passe toute son enfance sur sa planche, sublimant de façon quasi autistique les moindres recoins de sa board. Il sera un des premiers à exécuter le Ollie en street, qui posera les jalons d'un skate street qui s'attaquera dès la fin des années 80 à des handrails énormes. Vainqueurs sur chaque compétitions, en Une de chaque magazines, les gars de la Bones Brigade sont à l'image de la mèche d'ado gâté de Tony Hawk, impossible de passer à côté.

Powell Peralta, entreprise en expansion, est en effet submergée de commandes et s'implante logiquement en leader dans ce nouveau business prometteur, matraquant la concurrence en révolutionnant les spots de pubs. Ils vendent des idées, et de la belle image, grâce à un Craig Stecyk bourré au Mezcal.

Plus artistiques, audacieuses, leurs vidéos aussi sont impactantes parce qu'en plus de promouvoir un talent et une inventivité indéniable, elles reflètent le tempérament d'une jeunesse libre, créatrice et décomplexée. La marque ressemble aux jeunes ciblés, et un sentiment de reconnaissance apparaît.

Au début, les marques ont du mal à présenter autre chose que la performance sportive pure. Il est vrai, le skate n'est alors qu'un passe temps de jeunes, il est question pour ces entreprises de se faire prendre au sérieux. Une fois cela démontrée, le skate reconnu et accepté comme discipline, il est alors possible de se définir à travers un style, une approche particulière voir un mode de vie.

On aura toujours besoin d'investisseurs pour lancer un mouvement. Ils donnent de la visibilité et permettent à des événements d'avoir un retentissement important si les moyens sont débloqués. Pourquoi la trottinette peine à se trouver une street credibility alors qu'il y a du niveau ?

Dans le même temps, comment se fait-il que du jour au lendemain le Cliff Diving - le plongeon en fait simplement - se retrouve en promotion dans toutes les grandes surfaces du monde, collé sur les mêmes canettes de Red Bull que l'on a vues représentées sur le type qui a sauté en parachute depuis l'espace. Ça marque ! Tout un symbole comme dirait l'autre. Alors on adhère au Cliff Diving sans se poser la question de savoir qui est le Tony Hawk de la trottinette ?

Tony Hawk jeune prodige, skateur innovateur, figure emblématique du skate contemporain et businessman émérite … L'esprit premier est il toujours là après tout ça ? En a-t-il trop fait ?

Tony Hawk

Où va l'industrie du skate aujourd'hui ? Skater of the year selon Thrasher magazine en 2012, David Gonzalez ! Un mec dont la dégaine n'est pas sans rappeler celle de Christian Hosoi. Ce mec avait pour fans tous les nantis, les punks, les trashos et ceux qui avaient testé le skate dans la rue.

Les mythes fondateurs du business du skateChristian Hosoi

Ceux-ci détestaient le style de Tony « The Birdman » Hawk au moment où il était imbattable mais surtout trop jeune, trop propre, trop riche. Déconnecté de leur réalité quotidienne, aucun d'entre eux n'aurait pu s'identifier à lui. Être fan de Hosoi et haïr Tony Hawk ne faisait en fait qu'un pour pas mal de ces gens là.

Qui est le mec qui a pensé le T-shirt que tu portes aujourd'hui ? Qu'est ce que tu veux revendiquer ?

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