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LSB Festival :: Portrait de Doctor Flake

Ce week-end c'est le LSB Festival. Pour l'occasion nous avons décidé de ressortir notre interview de Jean Marie Léger, alias Doctor Flake, producteur et compositeur de musique français qui évolue dans un registre Abstract Hip-Hop/Trip-Hop.

Il débute son parcours en 2003 en axant son travail autour du sampling afin de créer de nouveaux univers sonores. À la sortie de son premier album, la presse française compare majoritairement cette démarche à celle de DJ Shadow, l'un des deux précurseurs de l'abstract Hip-Hop.

La sortie de son second album en 2007 continue sur cette tendance avec un accent plus prononcé sur les mélodies de guitares et de pianos. Parmi ces nouveaux morceaux, deux sont sélectionnés et joués par DJ Krush, l'autre précurseur de l'Abstract Hip-Hop.

En 2007, Doctor Flake remixe le titre Escape Lane de Vale Poher ; ce remix amorce une collaboration entre les deux artistes qui aboutit à trois titres en commun figurant sur l'album Minder Surprises (Fightclubbing, Melting Feelings, Loveless). Cet album accueille aussi le rappeur Miscellaneous du groupe Fumuj et le Dj du Peuple de l'herbe, Dj Pee.

Doctor Flake :: Crédits photo : zOz

D'où vient ton pseudonyme "Doctor Flake" ?

De ma façon de travailler pour Doctor, prélever, découper, assembler, recoudre des événements audios. De mon rapport à la neige pour Flake (au sens flocon). J'aime l'excitation liée à sa chute, son silence, sa grâce, sa transformation. Sa texture est un peu comme ma musique, légère ou lourde... volatile ou pesante... Blanche ou noire...

Tu as commencé à composer en 2001, d'où cela t'est-il venu ? Un événement déclencheur ?

C'est plutôt 2003, de façon sérieuse. Mes débuts ont été la résultante de plusieurs facteurs ; la possibilité de faire de la musique chez soi avec un ordinateur et au final de moins en moins de matériel hardware, des samples accumulés que j'ai pu mettre bout à bout grâce à ce home studio, de l'envie d'apporter ma pierre à l'édifice Abstract Hip-Hop, Trip-Hop.

Tu lis toujours ta bible Cubase au café du coin ?

Tu as de bons tuyaux (rires), tu fais dans le journalisme d'investigation!
Ceci a duré un an ou deux... C'était l'époque de Cubase 5.1. Depuis, les versions ont défilé et se sont formidablement améliorées... Sx1 et 2, Cubase 5 maintenant. Au début, Cubasis vst et Cubase 5.1 étaient de bons séquenceurs midi qui ne permettaient pas le traitement sur l'audio que l'on a aujourd'hui. Ces dix dernières années, le développement conjoint des capacités logicielles et de la puissance des processeurs a été énorme. Et du coup un studio peut s'envisager nomade, ergonomique... bref, c'est excitant ce modernisme au service de la création.

Doctor Flake :: Crédits photo : Maxime Bayle

On peut lire dans différentes publications, que les gens assimilent ou ont assimilé ton travail à celui de DJ Shadow, l'un des deux précurseurs du mouvement, quel effet cela te fait ? Une pression supplémentaire ?

C'est plutôt flatteur... Ma manière de sampler ressemble à la sienne. Des boucles de une demi-mesure que l'on habille et déshabille avec d'autres samples ou d'autres arrangements que l'on joue. Cette comparaison est plus une source de motivation que de pression. J'espère arriver à tracer ma voie avec mes caractéristiques propres.

Très bien, ne parlons donc pas de Dj Krush qui reprend deux morceaux de ton album Paradis Dirtyficiels ! J'imagine que cela doit être un pur bonheur ?

Oui, c'est vraiment bien de l'entendre jouer un de mes titres, Krush est très fort pour ré-interpréter des titres d'autres artistes. Il joue avec une table de mixage Vestax bien old school qui possède un sampler intégré et des départs vers des effets (en l'occurrence, delay et reverb) et il ne cesse de looper des petits segments dans son sampler... des grosses caisses, des caisses claires et il les re-balance dans son mix pour dynamiser les beats. Japan style !

Comment vois-tu l'avenir ? Tant le tien que celui des petits nouveaux ? Y'en a t-il déjà un qui t'a tapé dans l'oreille ou impressionné et dont tu pourrais faire tourner un morceau comme le fait Krush ?

Mais je suis un petit nouveau... tout reste à faire... J'espère durer et continuer même si ce n'est pas simple d'être un artisan au milieu d'une cacophonie industrielle musicale décadente subventionnée.

J'aimerais pouvoir développer ma scène comme cela a été le cas en 2009 et 2010. Avec Vale Poher (guitare, chant), Miscellaneous (Mc), ingénieur son et ingénieur lumière... mais je suis reparti tout seul à la rentrée 2010 car les budgets ne me le permettait pas.

Je n'ai jamais beaucoup oeuvré en DJ lors de mes concerts. Mon activité principale est le live pour le moment. Je joue de mes morceaux plus que jouer des morceaux... J'essaie de me renouveler dans la ré-interprétation de mes créations.
Si je devais passer des disques, je passerais des artistes comme U-point ou Glen Porter au milieu des Krush, Shadow, Unkle première mouture, Ez3kiel dans chaque album, Scorn première mouture.

Doctor Flake :: Crédits photo : Amélie Rossignol

Revenons-en à toi, comment crées-tu ? Selon le feeling et l'humeur du moment ?

Je crée, par recherche, par hasard, par contingence, par erreur, par rencontre... Quand je trouve, je deviens heureux, quand je ne trouve pas, je cherche à trouver... Je ne suis jamais heureux très longtemps alors je cherche beaucoup.

Il est clair que pour réussir à emmener les gens dans ton univers, mieux vaut laisser parler les émotions ! Je me demandais en écoutant ton travail si tu ne souhaitais simplement pas déclencher une vraie réflexion chez ton public, histoire que chacun puisse se laisser entraîner dans ton univers tout en se plongeant dans ses propres pensées, suis-je loin de la vérité ?

Mes titres ont un sens qui ne sera peut-être pas le même pour tout le monde. Ce qui est intéressant c'est d'imaginer sa version... Sur mes deux premiers albums, plusieurs titres sont étayés de pistes de compréhension pour avoir ma version du titre.
Dans l'absolu, l'art est intéressant quand il stimule l'imagination collective. Que ce soit dans la musique, le cinéma, la peinture, la littérature...

En lisant quelques papiers sur toi, j'ai retrouvé plusieurs questions récurrentes, du genre "Pourquoi fais-tu dans le sombre, le mélancolique...", tu réponds logiquement à chaque fois la même chose : "Parce que j'aime ça !". Je me demandais donc, si cela était une thérapie pour toi et donc par ricochet une thérapie pour tous les gens qui t'écoutent ? Une sorte de psychirusicien en fait ?

Je ne compose pas avec autant de préméditations. Tu fais sûrement référence à Paradis Dirtyficiels. L'idée de mettre en son la solitude est venue au bout de quelques titres sur lesquels tous les samples vocaux s'imbriquaient. Pour La thérapie par exemple, les propos sont du pur nombrilisme et n'évoquaient pour moi rien d'autre que le fait de faire un disque seul. Après, chacun interprète cela comme il l'entend, c'est cela que je n'avais pas assez prémédité. Je me suis concentré sur le sous-entendu après cet album (Eclaircie, Comedy), et Swell line.

Je ne recherche pas une thérapie, je ne suis pas encore trop malade. J'ai cherché et trouvé un mode d'expression que j'essaie de faire perdurer en le peaufinant et en le pimentant de nouvelles rencontres.

Les lives se sont plutôt bien déroulés pour toi l'été dernier ! Des retours à chaque fois encourageants, est-ce que tu as déjà de nouvelles pistes ou dates pour la suite ?

2010 est ma plus belle année scénique jusqu'à présent. Il y a eu de super moments : Garorock, Astropolis et les Nuits sonores ont été les meilleures osmoses avec le public. La fin de cette année 2010 a été consacrée à la finalisation de mon dernier album.
Dans l'absolu, j'espère jouer le plus possible, en France et à l'étranger. Vous pouvez suivre les news sur le nouveau site  : www.doctorflake.com

Doctor Flake :: Crédits photo : Amélie Rossignol

Crédits photo : zOz, Amélie Rossignol, Maxime Bayle, Oriane Latour

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