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Métissage - À la mode malgré nous...

Mon père est noir, ma mère est blanche, moi je suis sorti couleur sable, grisâtre en hiver, doré en été…

Métissage - À la mode malgré nous...

C'est cool d'être métis, t'as une double culture”, voilà ce que j'ai entendu toute ma vie ( et que je continue à entendre ), et oui, effectivement c'est cool, mais pas que... Si le mélange du noir et du blanc donnait du gris, comme en peinture, je pense que ça simplifierait bien les choses, un peu comme si la génétique ne créait pas autant de dégradé de couleur. Mais en même temps, c'est ce qui est beau dans le métissage non ? C'est un peu le symbole de la diversité hein ?

Aussi longtemps que je me souvienne, je n'ai pas ressenti de problème lié à mes origines dans mon enfance, mis à part les parents Blancs qui disaient à leurs enfants, “ il est gentil le café au lait ? ”, ce qui ne me dérangeait pas vu que l'image me plaisait assez à cette époque, je ne pense pas avoir ressenti de différence, ni d'indifférence, dans mon jeune âge. C'est arrivé au collège, quand les parents de quelques petits blancs des pavillons environnant notre résidence ( et la voisine ultra-marine du dessus, qui était de mèche ) ont commencé à voir en moi le potentiel dealer de leur gosse ( alors que je découvrais en même temps qu'eux la médecine douce, et thérapeutique... ). C'est la que j'ai vraiment rencontré pour la 1ère fois Mme Préjugés, et putain, ça m'a marqué. Les quelques blagues mal placées ou allusions maladroites ne m'avaient jusqu'alors pas dérangés outre mesure, et puis vers 12/15 ans, j'avoue que je n'étais pas spécialement porté vers les lectures ou débats concernant mes origines, mon histoire. Tout a changé à cette période là, c'est comme si de métis, fruit du mélange des peuples, celui “ qui symbolise la paix après sa venue au monde ”, d'après le rappeur Oxmo Puccino, j'avais dû choisir mon camp, et me ranger du coté des Noirs, ceux victimes de ségrégation, comme moi, parce que non-blancs.

Le temps passe et je me documente pas mal sur l'histoire des Noirs, j' apprends entre autre qu'en Égypte antique déjà, les pharaons noirs poussaient le peuple à se métisser avec les habitants des territoires conquis pour éviter qu'ils puissent revenir et dominer l'empire. Je me renseigne aussi énormément sur la traite négrière, les différences de traitement et d'appellation en fonction de la teinte de l'esclave et plus récemment, pendant la domination nazie en Europe actuelle, la déportation des noirs dans les camps de travail et de concentration ainsi que la stérilisation des enfants métis.

J'ai vécu pas mal de “ moments de racisme ”, directement ou indirectement. Je l'ai ressenti en cherchant du taf ou en passant des entretiens pour des formations, également lors de contrôle de police musclé où certaines paroles ont été prononcé, assez naturellement d'ailleurs, de la bouche de certains agent de la paix ( ouais ouais, c'est comme ça qu'on les appelle aussi, agent de la PAIX... ) et à d'autres occasions encore. Mais le pire des racismes, ‘ y as pas à tergiverser là-dessus, c'est celui entre jeunes, entre noirs, noirs et métis, arabes et noirs ...

« Les gens pensent souvent que plus on est foncé, plus on vit le racisme, ça peut être vrai dans certains cas, pas dans d'autres... »

Perso, pour être métis béninois-français, qu'on prend souvent pour un rebeu, antillais, réunionnais et j'en passe, je peux dire que je sais de quoi je parle. Des renois m'ont jugé “ trop clair ” pour être Noir, des Blancs, trop foncés pour être Blanc, des rebeus, me pensant un des leurs, m'ont parlé des noirs comme si ils étaient des sous-merdes…

« Au bled ( je parle du Bénin là ), je suis blanc, et ici, je suis noir parce que non-blanc, en tout cas je ne suis pas un français “ de souche ”. »

La société française demande au métis de choisir son camp sans pour autant lui garantir de s'y sentir à l'aise, et c'est là toute la complexité du métissage. C'est la merde en fait, surtout pour ceux, comme moi, qui se posent autant de questions. Beaucoup ont choisi naturellement leur “ camp ”, en grandissant par exemple dans une famille mono-parentale où l'influence de la mère ou du père jouerait un rôle important, ou, dans le cas d'un métis à la peau très mat, qui par la logique de la douce France, serait considéré comme noir. Les multiples façons d'évoluer en France pour le mulâtre ( j'aime pas trop le terme mais bon…) dépendent, d'une part, de sa capacité à s'intégrer et de l'idée qu'il se fait de lui même, d'autre part, des perceptions que les gens ont de lui, à savoir que les gens en question sont plus ou moins éclairés, cultivés, ouverts, tolérants, hypocrites, conservateurs… J'ai appris à me situer avec l'âge, à cheval entre les 2 cultures, même si j'ai mis pas mal de temps. J'avoue avoir sûrement en moi une dominante noire ( malgré la clarté de mon teint, eh oui, c'est possible ), comme d'autres, à l'inverse, ont plutôt été influencé par le coté blanc, mais je n'ai jamais renier, contrairement à certains, l'une de mes origines.

Des premiers métis d'Égypte jusqu'au président américain Barack Obama, en passant par Bob Marley ( rejeté par la famille de sa mère et celle de son furtif père, à cause de son appartenance à 2 cultures ), l'histoire des métis du monde évolue, d'une civilisation à l'autre, d'une société à l'autre, d'un pays à l'autre.

En parlant du plus célèbre des rastas, une phrase qu'il chante dans un de ses classiques, War, me vient à l'esprit : “ Until the colour of a man's skin is of no more significance than the colours of his eyes, me say war ”, c'est à dire, en français, “ En attendant que la couleur de peau d'un homme n'ait pas plus de signification que la couleur de ses yeux, je dis : guerre ”.

Affidé Iswriting

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