« Glazed Magazine : Tour de rue »


Sortie en salle du film "Les Roses Noires" d'Hélène Milano

Quand nous avons recu le communiqué de presse de ce film, je dois dire qu'au premier abord nous nous sommes dit encore un film sur les clichés des banlieues. Et bah, la grosse claque. À la base, une altercation entre garçons et filles à la sortie d'un collège vu par une mère de famille. Intéressée par la question de la langue depuis longtemps, cette altercation lui éveille la curiosité. Elle décide d'en savoir plus sur le comportement langagier des filles issues des cités et commence à faire des entretiens hors caméra, dans un premier temps, pour comprendre la force des mots des quartiers et leur utilité...

Pourquoi faire un film sur le langage ?

Nous vivons dans un monde d'images. La question du sens des mots est sans cesse présente pour moi. Du sens, des sens, tout court d'ailleurs. Tout va vite. Faire un film sur les mots c'était une drôle d'idée ! Le sens des mots. Mais c'est la vie pourtant ! D'autre part, le langage comme exploration m'a toujours passionnée. Peut-être parce que je viens du théâtre et que j'ai aimé me promener dans d'autres espaces langagiers que le mien. À partir de la langue, j'entrais dans un espace mental, poétique et pulsionnel inconnu. Je découvrais des espaces infinis. Aussi infinis que l'espace intérieur de chacun de nous. Observer la pulsion juste, de la veine du texte en observant ce qui est dit et pas dit, ses rythmes, son organisation, bref, en y cherchant des tas d'indices.

Et dans "la vraie vie", le langage est une mine inépuisable d'exploration de l'espace intime, de l'espace social, de ces ponts incroyables entre l'intérieur et l'extérieur de soi. Tissage, entremêlement des enjeux, des rapports sociaux, du rapport à l'autre et du rapport à soi-même. Le langage, fondamental au sein d'un groupe familial ou amical, mais aussi au moment de l'adolescence dans les liens qui se tissent avec l'autre sexe. Cette autre partie du monde qu'on voudrait comprendre, égaler, repousser, dominer, épouser, calmer, contenir, aimer, libérer, tout cela est contenu dans nos rapport aux mots.

Pourquoi un film documentaire ?

Je voulais faire un film. Et la force du procédé documentaire était une évidence pour ce projet-là. La découverte de l'autre, d'un autre, des autres dans ce qu'ils ont de singulier. Aujourd'hui je ne suis plus la même après avoir partagé ces moments avec ces jeunes filles. Je serais une autre si je n'avais pas entrepris ce voyage. J'ai appris.

Comment l'idée s'est elle précisée ?

Et puis, il y a ce que l'on nomme la langue de cité. Qu'elle est-elle ? À quelle révolte correspond-elle ? De quoi est-elle née ? Quels enjeux pour une jeunesse qui la crée ? Une jeunesse qui ne se sent pas de place dans son propre pays. Et surtout qui peine à avoir de l'espoir. Une jeunesse qui a besoin de dire qu'elle est là avec tous ses talents. L'éloquence en fait partie ! J'avais très envie d'en explorer les enjeux et comprendre les questionnements qu'elle charrie. Je voulais comprendre. Et en même temps je ne voulais pas me résoudre non plus à ces frontières langagières que je crois si injustes. En fait, c'est à eux que je voulais poser toutes ces questions là ! Je voulais savoir ce qu'ils en disaient eux-mêmes. Et puis ce mot de "banlieue", à l'origine" au ban du lieu" a quelque chose qui fait grincer d'amertume. Ces questions reposaient en moi mais je ne savais qu'écouter et regarder. Je ne savais pas quels chemins prendraient toutes ces interrogations. Je ne trouvais pas d'entrée qui me satisfasse pour que tout s'organise dans ma tête dans un questionnement qui mette aussi en jeu l'intime et la construction de l'être. J'avais envie d'articuler toutes mes questions avec les enjeux de la construction adolescente. Je pensais à tout cela mais il me manquait un fil. Alors, comme je n'arrivais pas à mettre tout ensemble et bien je laissais tout cela "travailler" en moi et j'ai fait d'autres films, joué d'autres spectacles.

Et puis voilà ! Un jour, j'emmenais ma fille à la crèche. Je suis passée devant le collège. C'était la sortie des classes. On courait, on se bousculait, on s'interpellait ! Bon ! Bref ! Un chahut quoi ! Un chahut normal à la sortie d'un collège ! Et puis, tout d'un coup une décharge d'électricité dans l'air. Une altercation qui explose sans s'annoncer. Une bande de jeunes filles en colère crient. Elles sont toutes plus belles les unes que les autres. Une peau noire de reine, un port de tête de déesse, une allure fière. Et elles hurlent. Elle hurlent des insultes à n'en plus finir. Leur langage est très violent certes, mais surtout, il est très "phallique". Alors je m'arrête. Je suis là, j'écoute et je m'interroge. Féminin masculin ? Filles garçon ? Garçon filles ? Après tout, qu'est-ce qui est féminin ? Qu'est-ce qui est masculin ? Qu'en savons-nous dans ces temps qui cavalent et nous bouleversent tous ! Et puis, l'usage des insultes ne m'a jamais particulièrement choquée dans la vie ! Là n'est pas le hic ! Mais pourtant ...il y a un hic ! Et ce jour là, je comprends que c'est autre chose qui se passe. J'ai l'intuition forte qu'il y a là quelque chose de passionnant. Ces jeunes filles me disent quelque chose... qu'elles ne disent pas ! C'est sûr ! Je ne sais pas encore quoi. Mais je le ressens comme un cri. Un cri qui dit "regarde-moi" ! "J'ai beaucoup de choses à dire" ! Ce jour là, tandis que je rentrais chez moi je me suis demandée tout simplement : est-ce qu'on est ce que l'on dit ? Est-ce qu'on dit ce que l'on est ? Est-ce qu'il y a du jeu ? De l'espace entre ? Et le langage peut-il servir de masque ? C'était l'intuition qui me manquait pour que s'organisent toutes mes questions.

Thierry Aflalou, producteur du film, m'a demandé où j'en étais et ce que j'avais en tête. J'ai raconté et tout cela l'a beaucoup intéressé. Alors j'ai commencé à travailler. J'ai rencontré et lu. Sociologues et linguistes. Spécialistes du rapport de genre. Analyse de banlieue. Et puis, j'ai tout laissé de côté. J'ai laissé reposer. J'ai voulu rencontrer des jeunes filles et je les ai écoutées. Enfin, j'ai écrit ce projet de film.

Faire un film, un processus ?

Au tout début, quand j'ai commencé à travailler, il y a eu des obstacles qui m'ont conduite à être toujours en éveil sur ce que je voulais faire. Ce que je voulais c'était interroger l'autre. Pas m'interroger sur l'autre. (Comme dirait l'autre !) c'est à dire lui poser des questions. Quelle chose simple ! Mais le sujet est chargé. Ainsi, quand j'ai souhaité rencontrer les chercheurs, j'ai bien vite senti que je voulais aborder une question extrêmement sensible. Du point de vue des chercheurs, les polémiques sont vives si l'on s'y laisse emporter, et chacun avance avec prudence. Cependant, mon désir de voyage au cœur de la langue, fut finalement très bien accueilli car assez inédit en raison de la part réservée aux filles. J'ai donc pu rencontrer des chercheurs très différents les uns les autres. Ma démarche était particulière car la question des filles n'est pas abordée habituellement de cette façon-là. Ces rencontres ont validé le fait que traverser ces problématiques valait le coup.

Ensuite, rencontrant les acteurs sociaux sur le terrain afin d'entrer en relation avec les jeunes filles, j'ai senti également la grande sensibilité de tous vis-à-vis d'une image médiatique en laquelle ils n'ont plus confiance. Et ils ont opposé une peur, légitime au regard de leur vécu, d'un stigmate supplémentaire sur une population excédée par cela. On m'a questionnée. Beaucoup. Sur le pourquoi, le comment. J'ai entendu. J'ai défendu auprès d'eux combien j'étais soucieuse de cela et que je ne faisais pas ce film pour participer à ce stigmate qu'ils craignent tant. J'ai opposé que la seule chose qui pouvait nous sauver de ce piège était de leur donner la parole, vraiment et en approfondissant tous les propos. Grâce à ces personnes présentes sur le terrain, et qui m'ont accompagnées j'ai rencontré les jeunes filles et cela a achevé de me convaincre que je ne travaillais pas pour rien. Elles avaient beaucoup à dire et ont apporté au projet leur sensibilité leur humour et leur intelligence. Tout de suite ! Toutes les thématiques abordées les ont passionnées. Le langage les passionne. Les rapports qu'elles entretiennent avec les multiples états de langues qu'elles connaissent sont d'une immense richesse. Elles aiment en parler, y réfléchir et s'interroger. Tout cela m'a conforté dans la promesse d'un travail et d'un échange passionnant, extrêmement riche et attachant.

Comment établir la confiance ?

La confiance avec elles ne s'est pas établie en une fois. Il y eut des entretiens non filmés, puis des sessions de tournage étalées, des rencontres et des rendez vous informels. Et je n'ai pas fait de "casting". C'est au fil du temps que les engagements des unes et des autres se sont affirmés. Cela s'est fait naturellement. Ainsi, j'ai eu des entretiens avec des jeunes filles qui m'ont nourrie pour l'écriture mais qui ne se sentaient pas l'énergie de passer à l'étape d'être filmées, d'autres que j'ai filmées mais ne pouvaient aller au bout pour une raison ou une autre et enfin celles qui ont été de toute l'aventure. Les personnes, éducateurs ou animateurs qui m'ont accompagnés sur ce projet, ont été très précieux pour divers échanges très riches et aussi pour le lien avec les filles. Ils ont beaucoup apporté au film.

Pourquoi autant de filles et de lieux différents ?

Je voulais faire un film choral. Comme nos textes antiques ! Cela signifiait des lieux différents et un nombre de jeunes filles assez important. Elles sont quatorze dans le film. Je voulais, comme dans une tragédie antique, un coeur de jeunes filles. Le coeur, la force d'un ensemble, la résonnance de l'une à l'autre, l'idée de l'écho. Et ce fut assez saisissant de constater, alors que je m'attendais à plus de divergences selon le lieu géographique, combien leurs réalités, leurs ressentis et leur stratégies étaient semblables. Certes il y a une différence d'accent (marseillais ou du 9.3. ) et l'accès des centres-villes est perçu de façon plus ou moins légitime selon l'organisation des territoires, mais ce qui s'est imposé ce sont les ressemblances. La réalité qu'elles partagent à Marseille ou en banlieue parisienne. Le coeur était bien là malgré l'éloignement géographique. Lors de récentes projections dans des quartiers à Toulouse ou à Angers les jeunes filles qui sont venues voir le film ont rejoint ce coeur par les beaux témoignages et la réflexion qu'elles ont apporté ce jour-là. Pendant le tournage les filles adoraient l'idée du tournage en plusieurs lieux. Elles me demandaient des nouvelles de celles du sud et vice versa. Elles étaient aussi très intéressées et heureuse de savoir que je posais les mêmes questions à toutes les filles qu'elles soient en banlieue parisienne ou dans les quartiers nord de Marseille. En même temps qu'elles livraient une parole pas si facile à confier elles sentaient qu'elles étaient plusieurs à le faire en même temps.

Pourquoi autant de thèmes autour de la langue ?

Nous avons traversé ensemble des questionnements autour de tous les thèmes du film et outre leur belle énergie et leur intelligence elles ont été d'une sincérité étonnante. Je m'étais engagée à ne pas les mettre en difficulté et en retour elles ont eu le plus beau des courages, celui de la sincérité. Cette sincérité et cette authenticité est d'ailleurs ce qui permet que le film provoque, lors des projections, des débats forts mais toujours respectueux.

Je voulais que le film dans sa construction tente de rendre compte de la complexité. La complexité de la construction dans l'espace social et aussi dans l'espace de la construction intime. Et pourtant, il n'est rien dans le film qui ne soit pas accessible. Je voulais que nous puissions nous poser des tas de questions et aussi sentir que tout se tient. Le contexte social n'est pas une anecdote dans cette histoire. La réalité des filles aujourd'hui n'est pas la même qu'il y a 20 ou 30 ans. La réalité économique n'est évidemment pas celle d'il y a 30 ans ! Le sentiment d'exclusion s'est enraciné peu à peu et fut dévastateur. L'intériorisation des dominations en tous genres sont bien là et en même temps pointe la réaffirmation de soi face à toutes les formes de violences.

Pourquoi l'adolescence ?

Les filles ont entre 13 et 18 ans. L'adolescence est tout de même le moment particulier où beaucoup de constructions intérieures et d'images extérieures sont en jeu. C'est aussi le moment d'une grande fragilité parce qu'en cours de révolution ! J'ai voulu interroger la construction de l'identité d'un groupe adolescent dans son rapport à divers états de langues. Ses attachements forts, cette façon de dire "j'existe", avec leurs singularités et leurs qualités, mais aussi les manques et les douloureuses constatations. Mais le rapport à la langue est aussi révélateur de la construction de l'identité intime. Avoir 14, 15 ou 16 ans, devenir une jeune fille, une femme. Quitter l'enfance pour entrer dans cette zone de turbulences et de pièges dans lesquels on a peur de tomber. Cette période singulière de l'adolescence évoque bien des souvenirs de ces moments-là où se développent des stratégies vis-à-vis de la famille ou des garçons pour se construire et laisser vivre son féminin. La question de la relation tendue avec les garçons est très importante. Partout les acteurs sociaux m'ont dit "on sait pas trop ce qui se passe là en ce moment, mais la relation garçons filles est au rouge dans nos quartiers !" Mais ces questionnements-là interrogent notre société en général. Ici c'est un miroir grossissant où la relation homme femme est en plein bouleversement, mais ici il y a des enjeux singuliers. La langue est l'expression d'un présent, d'un avenir projeté, et aussi de positions groupales. Il y a de multiples enjeux qui se nichent dans la langue. Du plus intime, jusqu'à la place où soi-même, ou bien le groupe auquel on s'identifie, se projette, ou se sent acculé. Avec la langue, la question de la confiance que ces jeunes ont en eux est posée et elle est primordiale. Aussi bien dans le rapport à une langue plus normée que celle qu'ils pratiquent dans la rue, teintée de leur relation aux garçons. La confiance génère la confiance. Comment rétablir la confiance ? Peut-être qu'à les entendre, on peut déjà entrevoir leurs désirs, les malheureux quiproquos, la douleur de l'exclusion et entendre leur envie de ne pas se résigner. Leur immense vitalité, leur humour est un atout formidable. C'est tout cela que je voulais faire ressentir et entendre.

Pourquoi faire un film avec uniquement des filles ?

Je voulais leur donner la parole entièrement et en profondeur et pour cela il faut du temps. Je voulais être absolument, pendant tout le temps d'un film, d'un seul côté du monde ! Le temps d'un film c'est long mais c'est aussi très court et mon désir de choralité avec beaucoup de jeunes filles d'une part et la complexité que je voulais rendre la plus présente possible d'autre part exigeaient beaucoup de place. Parfois pour comprendre l'autre il faut déjà parler de soi, absolument ! Et puis au fond, les garçons ne sont pas là, mais ils sont là ! Elles ont évidemment le désir de rencontrer l'autre partie du monde mais elles veulent être entendues. Elles veulent construire avec eux. D'autre part, je ne voulais pas non plus que les garçons existent dans le film de façon restreinte ou sous la forme d'un droit de réponse immédiat. Je me méfie parfois de l'immédiateté. Et les garçons ont beaucoup à dire. La situation des garçons est parfois extrêmement tendue, pris dans les pièges de la représentation de la virilité, dans une image de soi douloureuse et c'est parfois tout à fait intenable. Être conforme à la virilité, à ce que l'on croit être incontournable, les mets dans une tension trop forte et il est très important de faire un vrai trajet avec eux aussi. Le prochain film sera donc uniquement avec les garçons.

Filles participant au film (âge au moment du tournage)

Farida, 18 ans, Marseille (quartier la Busserine)
Moufida, 16 ans, Marseille (quartier la Busserine)
Hanan, 15 ans, Marseille (quartier la Busserine)
Farah, 13 ans, Marseille (quartier la Busserine)
Kahina, 14 ans, Marseille (quartier la Busserine)
Claudie, 18 ans, Le Blanc-Mesnil (quartier les Tilleuls)
Hanane, 14 ans, Le Blanc-Mesnil (quartier Alezar)
Aïssetou, 16 ans, Le Blanc-Mesnil (quartier Alezard)
Roudjey, 16 ans, Stains (quartier le Clos Saint-Lazare)
Coralie, 15 ans, Stains (quartier le Clos Saint-Lazare)
Sébé, 16 ans, Montfermeil (quartier Les Bosquets)
Rajaa, 16 ans, Clichy-sous-Bois (quartier La Forestière)
Lina, 15 ans, Clichy-sous-Bois (quartier La Forestière)
Sarah, 17 ans, Saint-Denis (quartier les Franc Moisin)

"Pour tous ceux qui souhaitent apporter leur soutien au film qui se jette aujourd'hui dans une sacré bataille soutenez-le en allant le voir dès la première semaine au cinéma. À Marseille au Variétés, à Angers aux 400 coups, à Grenoble Le Club, Vault en Velin Les Amphis... Pour les parisiens (Le Majestic Le Reflet L'Escurial L'Arlequin). Plus le public sera au rendez vous plus d'autres salles nous rejoindront." - Hélène Milano

Fiche technique

Comic Strip Production
En coproduction avec France Télévisions
Avec le soutien
de l'Agence Nationale pour la Cohésion Sociale et l'Egalité des Chances - L'Acsé – Fonds Images de la diversité
de la Région Provence Alpes Côte d'Azur
du Centre National de la Cinématographie
de la Procirep/Angoa
de la Ville de Marseille
de la Scam « Brouillon d'un rêve »
du Conseil Général des Bouches du Rhône
et de Promofilms

Réalisatrice : Hélène Milano
Production : Thierry Aflalou
Compositeur : Bruno Angelini
Image : Chloé Blondeau
Renfort : Jérôme Olivier et Alexandra Potet
Son : Camille Barrat
Renfort : Marianne Roussy
Montage : Martine Armand
Moyens techniques de post-production : La planète rouge

Synopsis du film

Coralie, Kahina, Moufida adolescentes âgées de 13 à 18 ans vivent en banlieue parisienne ou dans les quartiers nord de Marseille. Ici, elles interrogent leur rapport au langage revendiquant leur particularité et l'attachement à l'identité d'un groupe mais disent aussi la blessure liée au sentiment d'exclusion, au manque. Et puis, au sein de leur quartier, au-delà des mots des garçons qu'elles disent comme un masque qui les protège, elles dévoilent les enjeux intimes de cette stratégie langagière.

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