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The Sheepest - Dessine-moi des moutons

Comme un publicitaire, The Sheepest multiplie le même mouton, sur les murs de Grenoble. Sauf que la pub ne mène à rien. Lui veut amener à faire réfléchir. Il veut rester anonyme. Contacté par mail, il pose un rendez-vous : place Notre-Dame, à Grenoble. Et débouche d'une rue. Silhouette banale : jean gris, blouson noir et bonnet de laine élimé cloué sur la tête. À la terrasse du café, il commande un diabolo, assis face à son troupeau. Celui en dessus de la pharmacie, collé à une fenêtre condamnée.

The Sheepest

The Sheepest - son pseudo – se définit comme « un activiste urbain » qui a collé « environ 150 moutons sur Grenoble, depuis deux ou trois ans ». « J'ai 30 ans mais j'ai jamais voulu de boulot fixe, j'aime faire ce que je veux ». Il le répète, il ne veut pas rendre des comptes.
Né à Echirolles, il n'a jamais quitté sa région natale, « sauf une coupure de six mois à Londres pour faire du skate ». Un Bac pro Accueil en poche, il préfère enchaîner les petits boulots. Et prépare aujourd'hui le concours d'éducateur : « j'aime les relations humaines ».
The Sheepest se livre sans détours, mains croisées sur les genoux. « C'est parti du jeu de mot avec cheap - pas cher - et sheep, le mouton. J'avais des potes qui collaient des stickers antipub. La démarche me plaisait. J'ai longtemps réfléchit à ce que je pouvais faire… » Il dessine alors un mouton. « Je veux interpeller les gens. Le mouton est suiveur : il amène à réfléchir sur la société de consommation ». Avec pour slogan, " Je suis CEUX que je suis ". « La pub utilise le CE pour dire affirme toi ! Des conneries, car ça passe par les marques. Du coup, on est comme les autres ». Perché sur une cheminée ou caché entre une gouttière, « le mouton observe le monde, comme une caméra ».

La rue, un terrain de jeu

The Sheepest aime la rue : « Je la fouille ». Alors le mouton ne se pose pas au hasard de ses méandres. « Il doit être en lien avec l'architecture. J'aime les clins d'œil comme une tête sortant du lierre ou cachée dans un renfoncement, juste à côté du cinéma porno ». Et comme un mouton, il aime se fondre dans le paysage pour coller ses affiches. « Celui-là, explique The Sheepest en pointant un mouton sur une cheminée, je l'ai posé entre 4 et 5 heures de l'après-midi. Car le soir, avec mon échelle, j'aurais fait trop de bruit ». Des fois, il enfile un bleu de travail, un gilet jaune, et les passants « me voient mais ne me repèrent pas ».

Sans même l'affirmer, « en habillant la ville », sa démarche est poétique et artistique. Et à l'image du personnage : discrète. « Je ne veux pas être agressif, imposer. Mes moutons, si on les aime pas, on les décolle ». En papier, ils ne tiennent guère plus d'un an. « Juste deux ou trois sont peints… », avoue-t-il. The Sheepest veut « se réapproprier la rue, mon terrain de jeu ». Le garçon au regard perçant n'est pas sans paradoxe. Il porte un regard critique sur la société, des Adidas aux pieds. « J'ai un profil Facebook, comme un mouton. Je fais partie du troupeau, mais j'en suis conscient. Je vis avec le RMI, j'ai besoin de la société mais j'en abuse pas ». Il respecte la rue, ne cassera pas de cadenas pour accéder à un toit. Mais pratique aussi le graff, « en évitant d'en parler ». Il se définit comme « entier, généreux et tenace ». Un mec ordinaire. Un mouton qui sort du lot en essayant de laisser sa trace.

La ville, terrain d'expression artistique

À l'image des influences de The Sheepest, plusieurs formes d'art cohabitent dans la rue. Miss Tic, artiste parisienne, a été la pionnière du mouvement des pochoirs, dans les années 80. Elle les appose sur les murs, représentant généralement des femmes avec des jeux de mots. M. Chat, lui, laisse sa griffe en peignant des félins jaunes dans les villes. Apparu dans les rues d'Orléans, il envahit Paris dans les années 2000. L'artiste, médiatisé, expose aujourd'hui dans le monde entier.

Il y a aussi le célèbre Space Invader. En détournant le jeu vidéo éponyme, Invader, un artiste français, cimente des petites mosaïques colorées en forme de robot dans les villes du monde entier (54 personnages sont à Grenoble) et à des endroits inattendus comme les lettres de la colline d'Hollywood ou le musée du Louvre. Médiatisé mais anonyme, il a son site Internet où il recense ses œuvres (http://www.space-invaders.com).

Brèves de trottoir : Sauvé par la voisine

« Un soir, sur un toit, je collais un mouton près d'une fenêtre. Tout à coup, la voisine l'a ouverte. Elle a eu peur, moi aussi : j'étais en équilibre à cinq mètres de hauteur. Je parle avec elle quand mes potes me préviennent que la police arrive. Je me suis allongé sur la margelle et demandé à la voisine de fermer sa fenêtre. Ils n'ont rien vu. Et elle m'a proposé de ressortir par chez elle ! »

La ville apprécie ?

Alors que Grenoble essaie d'effacer les traces des tags ou graffs sur les murs, les moutons de The Sheepest restent. « Un étudiant qui faisait son mémoire sur l'art de rue a interviewé le service d'urbanisme de la ville. Ils lui ont dit qu'ils apprécient mes moutons et qu'ils ont donné comme consigne de ne pas les enlever... ".

http://thesheepest.blogspot.com

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